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| Contribution de l'ASTEE |
Contribution de l’ASTEE
au débat national sur la politique de l’Eau
lancé par la Ministre de l’écologie et du développement
durable.
Voir les annexes :
annexe 1
- annexe 2
- annexe 3
L’ASTEE a été invitée
à participer au débat national lancé par le MEDD
sur la politique de l’eau. Ce débat doit se poursuivre jusqu’à
la fin de l’année 2003, en ne se limitant pas à la
perspective d’une réforme législative, mais touche
les questions organisationnelles et financières et toutes les actions
permettant d’atteindre les objectifs découlant en particulier
de la directive cadre européenne sur l’eau.
Notre association réunit depuis son origine des membres représentant
un très large éventail de compétences et d’activités
dans le domaine de l’eau en provenance de collectivités,
d’entreprises et d’institutions. Elle s’est élargie
récemment par la fusion avec le Comité Français de
la Recherche sur la Pollution (CFRP) et est devenue représentant
français de l’International Water Association (IWA). Son
nouveau nom – Association Scientifique et Technique pour l’Eau
et l’Environnement (ASTEE) – proposé à son assemblée
générale du 15 mai 2003 veut traduire cet élargissement,
comme la création en 2002 d’un Comité de la Recherche
et d’une Commission « ressources en eau et milieux aquatiques
», relayant l’active Commission « Hydrologie Appliquée
» et venant compléter les activités des Commissions
« Distribution de l’eau » et « assainissement
». C’est au sein de ces commissions qu’ont été
discutées les questions et les propositions de cette contribution.
La dimension internationale a également été prise
en compte. Des propositions spécifiques de notre Comité
des Affaires Internationales viennent compléter les précédentes.
Des points particuliers font l’objet d’annexes à cette
contribution : périmètres de protection des captages d’eau
potable, valorisation agricole des boues, qualité des réseaux
d’assainissement. Elles pourront être complétées
au fur et à mesure de nos réflexions dans le cadre du débat
en cours.
Observations et propositions générales relatives aux
objectifs et aux moyens de la politique de l’eau
Les objectifs ambitieux découlant de la directive cadre européenne
sur l’eau doivent être traduits et détaillés
aux différents niveaux territoriaux ; des directives « filles
» pourront imposer de nouvelles contraintes au cours de la démarche
prévue. Les membres de l’association sont conscients de l’importance
de ce qui reste à faire d’ici 2015 ; ils estiment que les
objectifs peuvent être atteints pour autant que l’on fasse
preuve de réalisme et de pragmatisme au cours de la mise en place
des textes et des actions de recommandations et d’information. Il
leur paraît plus important d’inciter les différents
acteurs à réaliser les actions nécessaires que d’édicter
de nouvelles prescriptions.
Parmi ces actions, celles de caractère préventif, supprimant
ou réduisant les pollutions à la source, devraient être
privilégiées. C’est naturellement le cas dans la lutte
contre les pollutions diffuses affectant les eaux souterraines comme les
eaux de surface, où, au-delà de l’application de la
réglementation et du principe pollueur-payeur, la responsabilisation
des acteurs et leur adhésion à de bonnes pratiques constituent
des éléments clés. La lutte contre les pollutions
diffuses passe par un changement de comportement des utilisateurs.
Cela concerne aussi les actions visant les substances dangereuses susceptibles
de se retrouver dans les rejets dans les milieux naturels et dans les
boues des systèmes d’assainissement, des agglomérations
en particulier.
Pour donner la meilleure efficacité aux actions entreprises et
à venir, elles doivent s’appuyer sur les connaissances scientifiques,
techniques et économiques permettant d’en prévoir
l’impact sur les milieux aquatiques ainsi que les coûts. La
mobilisation de ces connaissances au profit du secteur de l’eau
à côté de celle du public et des usagers est indispensable
et les efforts consacrés à la recherche pour les accroître
devront être poursuivis. Le suivi des effets et la référence
à des indicateurs de qualité font appel à des réseaux
de surveillance et de mesures qu’il convient de concevoir et de
gérer. Le recensement des situations existantes engagé par
le MEDD à cet égard constitue une bonne base de travail
pour définir les objectifs, les responsabilités, les modes
d’exploitation, d’analyse et d’information, les financements.
De manière plus générale, il nous paraît indispensable
que toute évolution des limites fixées sur l’eau et
l’environnement soit désormais précédée
d’études de risques fondées, ainsi que d’une
analyse économique de leur mise en œuvre au plan technique
et au plan social.
En corollaire, toute décision relative à une évolution
de ces limites devrait être systématiquement accompagnée
de mesures incitatives permettant de les atteindre.
Notre expérience au regard de l’application, très
coûteuse pour les collectivités, de plusieurs mesures récemment
adoptées au regard du principe de précaution dans le domaine
de l’assainissement comme dans celui de l’eau potable (qualité
des boues épandues, norme sur le plomb) nous conduit à recommander
que toute disposition future d’ordre législatif ou réglementaire
ne soit adoptée dans ces domaines que sur la base d’études
sur la réalité des risques encourus et d’une évaluation
économique détaillée du coût des mesures envisagées.
Il importe en effet que les mesures prises au nom du principe de précaution
le soient à un niveau économique proportionné à
la protection choisi. Cette réflexion peut s’appliquer tout
particulièrement au débat actuel lié aux dispositions
relatives aux « substances prioritaires », au niveau européen
comme au niveau national.
Rôles des collectivités territoriales et rôle de
l’Etat
Responsables de l’alimentation en eau et de l’assainissement
des agglomérations, gérant directement ou à travers
des délégations de service public les services correspondants,
les collectivités locales sont directement intéressées
par l’amélioration de la qualité des ressources en
eau, et elles participeront activement à l’élaboration
et à la mise en œuvre des programmes. Comme le demande le
principe de subsidiarité et conformément à la politique
de décentralisation, il est essentiel que les décisions
soient prises au niveau optimal.
Mais le domaine naturel, pour une gestion optimale de l’eau, ne
recouvre pas en général les limites des structures administratives,
ce qui justifie pleinement la gestion par entité hydrologique.
S’il est nécessaire de favoriser la mise en place de collectivités
susceptibles de gérer de manière cohérente le niveau
du bassin / sous-bassin, l’introduction éventuelle de nouvelles
échelles territoriales de gestion doit être évaluée
au regard de son impact sur l’efficacité de la politique
de l’eau en France.
La directive cadre, en introduisant la notion de districts hydrographiques,
a consacré le principe de la gestion de l’eau par grands
bassins versants. Sa transposition en cours en droit français amènera
au niveau de chaque sous-bassin à procéder à des
analyses fines, à fixer des objectifs hiérarchisés
ainsi que des programmes d’actions cohérents pour les atteindre.
Le renforcement de la participation et la responsabilisation de l’ensemble
des collectivités territoriales dans ces démarches seront
un facteur d’efficacité accrue.
En revanche, nous nous interrogeons sur les conséquences qui résulteraient
de la superposition de ces actions avec celles qui pourraient être
menées sur des logiques de territoires purement administratives.
Il serait alors à craindre que cette superposition nuise à
la clarification des objectifs et des responsabilités de chacun,
et que la combinaison des actions ne conduise pas au résultat optimal
attendu au plan économique et environnemental.
Par ailleurs, au plan national, la réflexion sur la mise en cohérence
des politiques de redevances et d’aides des Agences de l’eau
dans les différents bassins mérite d’être poursuivie.
L’alimentation en eau potable
Les points suivants sont plus spécialement soulignés :
- Il faut reconnaître la place importante qui doit être attribuée
à l’alimentation en eau potable. Les objectifs de qualité
des eaux brutes doivent permettre la production d’eau potable sans
recours à des traitements sophistiqués.
- La lutte contre les pollutions diffuses doit être amplifiée
au travers de l’adhésion des acteurs précédemment
évoquée.
Il faut donc veiller à ce que les objectifs soient définis
de manière claire et compréhensible sur la base de solides
justifications à la disposition de tous les acteurs.
- La protection des captages d’eaux souterraines doit être
mieux assurée dans la pratique quotidienne. Les procédures
relatives aux périmètres de protection aboutissent trop
rarement.
Il est proposé (voir l’annexe 1) que la mise au point du
projet de directive européenne fille « eaux souterraines
» soit l’occasion d’intégrer différentes
mesures intéressant la protection des champs captants et des aquifères,
et que soient développées les recherches permettant de mieux
délimiter les contours des zones de surveillance.
- Il faut éviter le gaspillage de ressources, tout en observant
qu’une part importante de l’eau peut être réutilisée
par les utilisateurs situés à l’aval. Il faudrait
dans l’appréciation du poids d’un usage tenir compte
de la part de l’eau de qualité satisfaisante qui retourne
au milieu naturel.
- Pour faire face aux besoins, il est possible d’adopter une démarche
volontariste basée sur la gestion dynamique des nappes. Il est
ainsi possible de stocker l’eau en excédent l’hiver
pour satisfaire les besoins lors des périodes de pénurie
l’été (recharge artificielle).
Il ne faudrait pas introduire d’entrave législative ou réglementaire
à cette orientation, il faudrait au contraire l’analyser
et créer une incitation dans la perspective du changement climatique.
- La référence au principe de précaution ne doit
pas conduire à l’immobilisme. La fixation d’objectifs
très sévères en raison d’incertitudes devrait
s’accompagner du lancement d’un programme de recherche pour
les lever. Des exigences manquant de fondement conduisent à des
gaspillages.
- L’eau potable est considérée comme un bien social,
mais paradoxalement sert également de vecteur pour le prélèvement
de taxes.
Il faut veiller à rééquilibrer progressivement les
contributions dans le cadre du paiement de l'eau par l'eau (full cost
recovery). Des mécanismes à caractère social doivent
être prévus pour aider les pauvres à payer leur part.
- Il ne faut pas uniquement considérer les grandes tendances mais
aussi s’intéresser aux pics de pollution. La production d’eau
potable peut devenir problématique lorsque l’on doit subir
ce type de dégradation.
Il faudra donc prévoir des mesures pour limiter l’impact
des orages (le ruissellement) et des pollutions accidentelles.
La lutte contre les pollutions
Il faut supprimer les défauts d’application du principe «
pollueur- payeur » et du principe « l’eau paye l’eau
».
Le principe « pollueur- payeur » affirmé par les textes
communautaires et nationaux est encore insuffisamment appliqué.
Ceci est manifeste en matière d’application du système
de redevances aux pollutions diffuses d’origine agricole, les contributions
des agriculteurs ne représentant que 1 % des redevances des Agences
de l’eau alors que la dégradation de la qualité de
la ressource se poursuit, comme l’a encore montré le rapport
de l’IFEN de février 2002.
Une autre dérogation à ce principe est la différence
de traitement appliqué par les Agences de l’eau dans la perception
des redevances relatives aux pollutions industrielles et aux pollutions
domestiques. Le « coefficient de collecte » appliqué
à ces dernières doit être revu car il conduit, à
pollution égale, à de fortes disparités entre les
usagers domestiques et industriels.
Enfin, l’importance des travaux qui restent à réaliser
en matière d’assainissement pluvial justifie que soit à
nouveau prévue la mise en place d’une redevance liée
à la modification du régime des eaux, d’un montant
significatif, et qui serait gérée par les Agences de l’eau
sur un budget distinct de celui consacré à l’assainissement
des eaux usées. Il est en effet totalement illogique et inéquitable
de faire financer ces travaux par le prix de l’eau, comme c’est
souvent le cas.
Les réflexions visant à supprimer progressivement ces trois
anomalies doivent donc être poursuivies.
Par ailleurs, des décisions récentes ont porté atteinte
au principe d’affectation des contributions des consommateurs d’eau
au financement du fonctionnement des services d’eau et d’assainissement
: utilisation du FNSE pour la lutte contre les inondations, affectation
de la redevance FNDAE au financement du PMPOA. Cette captation est particulièrement
injustifiée alors que les collectivités, et tout particulièrement
les plus petites d’entre elles, témoignent de leurs difficultés
à investir pour respecter les échéances réglementaires.
Il faudrait renforcer l’incitation financière des Agences
de l’eau à la mise en conformité de l’assainissement
des collectivités, par une réforme du système primes
- redevances, et avec une coopération plus étroite entre
Agences de l’eau et MISE.
En matière d’incitation financière, on peut regretter
que le système primes - redevances des Agences de l’eau actuellement
appliqué aux collectivités se soit révélé
à l’usage peu incitatif pour la mise en conformité
des systèmes d’assainissement avec la réglementation,
qu’il s’agisse de l’amélioration de la collecte
des effluents, de la performance des traitements ou de la mise en place
de l’auto-surveillance.
Ce système repose sur un principe de calcul qui remonte à
1975, et qui a été depuis complexifié mais jamais
réformé en profondeur.
Il serait donc souhaitable de réviser radicalement l’actuel
système primes - redevances, afin qu’il représente
désormais une réelle incitation à la mise en conformité
réglementaire et à l’amélioration continue
de l’assainissement, et qu’il ne soit pas à considérer
comme une ressource récurrente des budgets d’assainissement
des collectivités.
A cet effet, il pourrait être envisagé de valoriser dans
la prime versée aux collectivités la satisfaction à
des engagements de moyens, comme la mise en place de l’auto-surveillance
ou d’une démarche de certification environnementale (certaines
aides au bon fonctionnement reposent déjà sur ce principe),
ainsi qu’à des engagements de résultat comme la conformité
des rejets aux arrêtés préfectoraux ou celle de la
production et de l’épandage des boues à la réglementation.
Enfin, dans un but évident d’économie et de cohérence,
il est nécessaire d’harmoniser les définitions des
paramètres de pollution utilisés par les Agences pour le
calcul des primes et par les services de police de l’eau pour évaluer
la conformité des rejets.
Il faut retrouver des solutions pérennes pour la valorisation agricole
des boues.
Alors même que l’amélioration de l’assainissement
des collectivités conduit à une augmentation constante du
volume de boues produit, leur valorisation est sans cesse plus coûteuse
et plus problématique. L’épandage agricole est de
loin le vecteur principal de valorisation des boues en France ; il est
également celui qui présente le meilleur intérêt
économique et environnemental dans une perspective de développement
durable. L’annexe 2 à cette contribution explicite cette
position.
Il importe donc que les pouvoirs publics soutiennent les efforts des collectivités
et des délégataires dans la recherche de solutions pérennes
en général, et dans l’utilisation des boues en agriculture
en particulier. L’incitation financière proposée plus
haut est une première action réalisable et réaliste.
L’Etat se doit aussi de poursuivre ses actions à destination
du monde agricole, de l’industrie agro-alimentaire, de la grande
distribution, afin de favoriser l’acceptation des sous-produits
dont la conformité à la réglementation aura été
attestée.
En particulier, une action souhaitable, et qui répondrait à
une demande légitime du monde agricole, consisterait à réviser
l’arbitrage interministériel qui avait conduit à refuser
la création d’un Fonds national de garantie destiné
à couvrir les risques de développement liés à
l’épandage des boues. La disposition législative créant
ce Fonds pourrait l’intégrer au Fonds national de solidarité
sur l’eau (FNSE), ou tout au moins en confier la gestion au Comité
consultatif du FNSE.
Par ailleurs, dans la mesure où serait maintenue la référence
à des plans départementaux bien que ce niveau territorial
ne soit pas particulièrement pertinent pour l’épandage
des boues, il serait souhaitable que des textes rendent obligatoires la
prise en compte des filières existantes et alternatives pour l’élimination
des boues dans les Plans départementaux d’élimination
des déchets, et incitent à asseoir ces plans sur des études
de faisabilité économique tenant compte des capacités
de financement existantes au plan local.
De plus, il conviendrait de permettre l’articulation de ces Plans
départementaux par une coordination à une échelle
géographique supérieure, tout particulièrement afin
d’optimiser l’élimination des boues des grandes agglomérations.
Enfin la qualité des réseaux d’assainissement contribue
à la protection des milieux aquatiques et doit être encouragée.
L’annexe 3 formule des propositions en ce sens.
Actions internationales
Les perspectives tracées lors de la conférence de Johannesbourg
appellent un renforcement de l’intervention des différents
acteurs français de l’eau à l’étranger.
Il conviendrait de créer dans l'administration française
une structure permanente « Eau » qui assure l'existence et
la continuité d'une politique française à l'international,
dans le secteur de l’eau.
L’objectif serait triple :
- mieux coordonner les interventions des acteurs français à
l’étranger, et en particulier celles des différents
ministères
- conduire des initiatives internationales dans la durée
- mener une politique permettant de développer l’influence
française à l’étranger
Le budget finançant les actions concernent l’eau à
l'international mériterait d’être augmenté.
Toujours dans la perspective d’amplifier les actions françaises
à l’international,, les interventions des Agences de l’Eau
à l’étranger doivent être poursuivies et même
développées.
Solidarité
Le développement durable ne peut se concevoir, sans réduire
les inégalités et sans aider les personnes ou les populations
les plus démunies.
Il faut conforter les actions des collectivités locales, responsables
du service de l'eau, qui souhaitent utiliser une partie des recettes de
l'eau dans des mécanismes de solidarité liés à
l'eau, pour :
- d'une part, payer le coût du service de l'eau pour celles ou ceux
qui sont, en France, dans l'incapacité de payer leurs factures
d'eau.
- d'autre part, financer des projets humanitaires d'eau potable ou d'assainissement
dans les pays en développement.
- annexe 1
- annexe 2
- annexe 3
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ASTEE - Association Scientifique et Technique pour l’Eau et l’Environnement
Copyright 2010 ASTEE - Une réalisation
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