La section Sud-Aquitaine de l’Astee a eu le plaisir de visiter le Syndicat mixte intercommunal de collecte et de valorisation des déchets ménagers du Libournais Haute-Gironde (SMICVAL), un acteur exemplaire de la transition écologique en Nouvelle-Aquitaine.

 

Le SMICVAL, qui regroupe 9 intercommunalités du nord-est de la Gironde et intervient auprès de 210 000 usagers, fait face à des enjeux cruciaux de maîtrise des coûts. Pour y répondre, il a lancé une stratégie ambitieuse baptisée “Impact 2020-2030”, inscrite dans une démarche “zero waste”, visant à réduire à la source les déchets et les gaspillages.

Quatre grandes réformes structurent cette stratégie :

  • la refonte du mode de collecte,
  • la réduction massive des tonnages,
  • la maîtrise des coûts de traitement,
  • et la mise en place d’incitations économiques.

Le plan opérationnel “Neo Smicval” donne corps à ces ambitions. Il repose notamment sur le passage à la collecte en points d’apport collectif (PAC), avec à la clé plusieurs millions d’euros d’économies annuelles, le déploiement progressif de la redevance incitative, l’installation de dispositifs de réduction des déchets, et une volonté affirmée de renforcer l’autonomie territoriale en matière de traitement, soutenue par des investissements significatifs.

 

Un accompagnement fin et humain du changement

Conscient que l’abandon de la collecte individuelle pouvait être perçu comme une dégradation du service, le SMICVAL a déployé un accompagnement attentif :

  • travail approfondi sur l’implantation des PAV (accessibilité, mobilité, aménagement),
  • dispositifs spécifiques pour les usagers isolés ou en difficulté, élaborés en partenariat avec les acteurs sociaux et médico-sociaux.

Cette transition s’appuie sur une communication de proximité : des permanences de terrain plutôt que des réunions publiques parfois polarisantes. L’objectif : valoriser les bénéfices environnementaux, économiques, sociaux, et professionnels de cette nouvelle organisation (moins de nuisances, meilleure productivité, revalorisation des métiers, baisse de la pénibilité…).

Résultat concret : la réforme permet de conserver des marges de manœuvres financières, menacées entre autre par  la hausse des charges liée à l’augmentation de la TGAP.

 

Une politique ambitieuse, ancrée dans la coopération

Pour renforcer sa politique de tri, le SMICVAL a cofondé avec d’autres collectivités la SPL TriGironde, et s’est doté d’un centre de tri moderne, conçu et exploité par SEPUR. Ce centre traite désormais 34 000 tonnes de déchets par an, soit 22 000 de plus que le précédent. Il offre aux opérateurs des conditions de travail nettement améliorées grâce à des cabines collectives insonorisées, remplaçant le tri manuel en entrée de chaîne.

 

Les “SMICVAL Market” : l’économie circulaire comme expérience citoyenne

Autre pilier fort du projet : le développement de déchèteries nouvelle génération – les smicval market- transformées en véritables magasins, qui empruntent les codes de la consommation pour faciliter la réutilisation. Les objets sont mis en rayons comme dans un magasin, un premier niveau de réparation est proposé, et des partenariats sont noués avec les acteurs locaux de l’économie sociale et solidaire (ESS). Le surcoût initial – un million d’euros – est compensé par la baisse des coûts de traitement. Trois nouveaux sites sont en cours de création.

Le compostage, levier de résilience

Le SMICVAL dispose aussi d’une plateforme de compostage de 2 hectares traitant 12 000 tonnes de déchets verts et 2 500 tonnes de biodéchets chaque année. L’évolution des débouchés – les châteaux viticoles cédant la place à de nouveaux clients – a conduit à une adaptation agile de la politique commerciale, comme la gratuité pour les premières tonnes.

 

Une trajectoire claire et engageante vers le “zéro déchet”

Avec une production de déchets passée de 661 kg/habitant/an en 2021 à 498 kg en 2024, et un objectif ambitieux de 377 kg en 2030, le SMICVAL s’affirme comme un moteur de la transition. Il agit sur les comportements en mobilisant des leviers puissants :

  • communication pensée pour toucher l’émotion et l’imaginaire (humour, codes de l’activisme…),
  • implication des citoyens dans la conception des campagnes,
  • aménagements incitatifs.

Le SMICVAL démontre qu’une transition réussie ne se joue pas seulement sur le plan technique ou financier, mais aussi dans la capacité à mobiliser les habitants, à penser autrement les usages, et à faire preuve d’audace dans les formes d’action.

La section Sud-Aquitaine de l’Astee remercie chaleureusement Élise Moliner (directrice générale), Stéphane Mirabel (directeur du plan Neo Smicval) et Sébastien Roignan (directeur de la participation citoyenne), ainsi que leurs équipes, pour leur accueil chaleureux et la richesse de leurs échanges.